Pourquoi le CVM n’a pas encore décroché la place qu’il mérite
Catégorie : Telecoms
« Le régulateur ne nous permet pas de faire du CVM. »
C’est une phrase que j’entends régulièrement lors de mes échanges avec des équipes marketing et Customer Value Management (CVM) dans différents marchés télécoms. Une conclusion souvent posée comme une évidence… et pourtant profondément hâtive.
Cette affirmation repose généralement sur deux éléments combinés :
Car le vrai sujet n’est pas de savoir si le CVM est autorisé, mais comment il est pensé, exécuté et gouverné.
Les autorités de régulation des télécommunications jouent historiquement un double rôle fondamental :
Si des cadres stricts ont été imposés dans plusieurs pays, ce n’est pas par dogmatisme.
C’est la conséquence directe de pratiques passées : guerres de prix agressives, destruction de valeur, marchés durablement fragilisés, opérateurs contraints de « bricoler » a posteriori en modifiant les paliers de facturation ou en réduisant la validité des unités.
Malgré les alertes, certains acteurs ont poursuivi ces pratiques de manière plus discrète.
Mais comme dans le football, où l’arbitre s’est équipé de la VAR, la régulateurs aussi se sont dotés d’outils de contrôle avancés, capables de détecter toute démarche commerciale non conforme.
👉 La régulation n’a jamais eu vocation à empêcher la création de valeur, mais à éviter sa destruction.
Au fil des années, le CVM a progressivement été assimilés à des outils de gestion de campagnes marketing.
Par abus de langage, ces plateformes ont été qualifiées de « solutions CVM », transférant de fait la responsabilité stratégique du CVM vers des outils dont ce n’était pas la vocation.
Les roadmaps technologiques de ces éditeurs ont alors façonné les pratiques CVM, non pas en fonction des enjeux business des opérateurs, mais en fonction de ce qui était techniquement faisable.
Le CVM s’est ainsi transformé en un enchaînement mécanique :
Offre → Segment → Envoi
Oui / Non
Bonus / Gratuité
Avec une promesse implicite : aucune limite pour atteindre vos clients.
Ce glissement a enfermé les équipes marketing dans une logique de Campaign Volume Management.
Les campagnes se multiplient, les sollicitations augmentent, et lorsque la performance baisse, la réponse est souvent la même : plus de promotions, plus de bonus, plus de gratuités.
Une logique court-termiste :
Les conséquences sont visibles sur le terrain :
👉 Une spirale de dévalorisation s’installe.
Lors de mes sessions de formation, je recommande toujours de commencer un plan d’actions CVM par une chose simple :
écrire en grand la lettre C.
Car démarrer par le client, c’est sortir d’une logique de gestion de MSISDN pour entrer dans une compréhension globale des usages et des contextes de vie.
Quelques exemples concrets :
Ces situations sont loin d’être marginales.
Elles rappellent une vérité essentielle : le client n’appartient pas à une équipe, il appartient à l’opérateur.
Lorsque le « C » signifie Campaign, le calendrier d’animation devient un calendrier interne :
Un agenda dicté par l’organisation interne, totalement déconnecté des besoins réels des clients.
👉 Le client ne vit pas en silos. L’organisation, si.
Beaucoup d’équipes investissent des mois dans des segmentations comportementales complexes.
Au final, elles ciblent un « client moyen »… qui n’existe pas.
Les ciblages restent majoritairement descriptifs.
Dans le meilleur des cas, un score de churn est utilisé.
Mais sans vision prédictive globale, les actions arrivent trop tard, lorsque la valeur a déjà commencé à s’éroder.
« Nous continuons à considérer la réactivation comme une priorité, alors même que pendant toute la période d’inactivité aucun revenu n’a été généré. Cette logique essentiellement corrective mobilise beaucoup d’énergie pour compenser une perte déjà réalisée. Les équipes CVM doivent réorienter leurs efforts vers des dispositifs fondés sur des scores prédictifs, afin d’adopter une approche proactive qui anticipe le risque plutôt que de le subir ».
Chez de nombreux opérateurs, le CVM est coincé entre marketing, IT, data et commercial. Tout le monde contribue, mais personne ne pilote réellement la valeur client.
Les opérateurs qui réussissent ont fait un choix clair : le CVM n’est plus un support marketing, mais un moteur de croissance transverse, avec une responsabilité explicite sur la valeur client.
Un CVM mature est naturellement compliant :
👉 Le meilleure allié du régulateur est un CVM discipliné et orienté client.
L’intelligence artificielle amplifie la stratégie existante. Si l’objectif est le volume, elle optimisera le volume. Sans vision client claire, l’IA devient une machine à spam plus intelligente, mais pas plus créatrice de valeur.
Les opérateurs qui ont réellement transformé leur CVM en levier de croissance partagent un dénominateur commun : la discipline. Discipline au sens premier : rigueur, constance, méthode.
Mais aussi DISCIPLINE comme une grille de lecture opérationnelle, où chaque lettre incarne un pilier clé d’un CVM efficace :
Cette discipline, appliquée à grande échelle, permet l’individuation.
👉 Every customer becomes a segment.
À l’ère de l’IA et des profondes mutations du secteur, opérateurs et régulateurs partagent une responsabilité commune : créer de la valeur durable.
Cela implique de sortir :
Pour adopter une vision du CVM réellement orientée client, capable de proposer la bonne interaction, au bon moment, pour la bonne personne.
Le jour où un client dira : « Mon opérateur a compris ce qui me correspond », le CVM aura enfin décroché la place qu’il mérite.
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